Zéro Déchet

Un magasin zéro déchet sans packaging de Hong Kong envahit les supermarchés

19 février 2018
magasin zero dechet hong kong

Le magasin Live Zero à Sai Ying Pun encourage les acheteurs à changer leurs habitudes de consommation. La fondatrice Tamsin Thornburrow parle du défi que représente se débarrasser du packaging et partage son optimisme sur la conquête des hong-kongais.

Eviter le gaspillage à Hong-Kong est difficile quand on vous sert un thé au lait dans un gobelet jetable, dans un sac plastique avec une touillette en plastique, une serviette en papier et du sucre packagé. Vous aurez tout ça entre les mains avant même d’avoir eu le temps de sortir votre thermos. Jetés presque instantanément, ces objects s’ajoutent aux 2000 tonnes de plastique qui se retrouvent dans les décharges tous les jours.

Des photos très fréquentes de plages jonchées de déchets sont un rappel morbide des tendances au gaspillage impulsif. Mais il s’agit également d’un appel aux armes pour les consommateurs et les entreprises locales qui veulent mettre fin au déchet, notamment par la fin des plastiques à usage unique comme les pailles, les gobelets et les étuis pour parapluies.

Tamsin Thornburrow, propriétaire d’un magasin, fait partie de cette communauté honkongaise grandissante d’activistes et d’entrepreneurs qui prennent le problème du plastique de front et veulent changer les habitudes de consommation en rendant le mode de vie écologique accessible et désirable. Une décoratrice d’intérieur de 25 ans se lance dans le business de la vente de produits zéro déchet avec sa nouvelle entreprise : Live Zero.

Le petit supermarché, tout près de son local actuel, vend les essentiels pour le placard à provisions, inclus la farine, les épices, les grains, le sucre, l’huile, la levure, le thé et le café, tout comme des ustensiles mais aussi des produits de beauté. Les produits comme la farine ou le quinoa sont conservés dans de grands bacs desquels on se sert soi-même, afin de minimiser le packaging et pour encourager les consommateurs à emmener leurs propres containers.

vrac zero dechet

Tout juste une semaine avant l’ouverture de Live Zero, Thornburrow était occupée à ajouter les touches finales à ce nouvel espace. Les couleurs pastel, les étagères en bois upcyclé, les coloris, les objets de maison eco-friendly… tout est fait pour rendre l’achat en vrac attrayant.

Elle pense toujours au futur, elle a toujours de bonnes idées et se débrouille bien avec les médias sociaux; Tamsin est vêtue d’un chemisier bleu de seconde main et elle donne l’impression que le mode de vie éco-friendly est un jeu d’enfants. Elle fait même paraître que c’est un choix de style. Quand on voit des gens avec leur seul bocal en verre rempli des déchets produits dans toute une année, on se dit qu’on peut le faire aussi, dit Tamsin.

Pendant des années, les consommateurs ont été rencouragés à “réduire, réutiliser, recycler”. Pour les avocats du zéro déchet, le “refus” vient avant toute chose : l’option la plus verte est simplement de rejeter le moindre sac, la moindre paille ou bouteille que l’on veut vous refourguer.

cosmetiques zero dechet

Pour Tamsin, le plus gros challenge est de trouver l’équilibre entre les besoins de son marché cible et la praticité de Hong-Kong, qui importe la plus grande partie de sa nourriture. Les blogueurs zéro déchet, comme les pionnières américaines Bea Johnson et Lauren Singer, vantent les bénéfices des produits qui poussent près de chez nous, ce qui permet d’oublier le packaging et les kilomètres parcourus en avion. Cela sert également de soutien aux fournisseurs régionaux. La nourriture de Live Zero sera 80% bio mais il faut savoir que trouver des producteurs certifiés bio signifiait chercher des producteurs hors de la Chine.

Nous importons des produits du Pérou, du Sri Lanka, du Maroc et de l’Inde mais très peu de Chine parce qu’il est difficile de trouver du bio et encore plus de s’assurer que c’est vraiment du bio. Tamsin dit que la cible principale sont les mamans : quand vous avez des enfants, vous voulez le meilleur pour eux, dit Tamsin qui admet ne pas acheter de bio pour elle-même car elle trouve cela trop cher.

plastique jetable

Tamsin dit qu’elle ne veut pas rivaliser avec les marchés, qui vendent également de la nourriture sans packaging. En fait, Live Zero vise plutôt les supermarchés grâce à des produits jusqu’à 20% moins cher que des produits de marque, les économies venant du fait qu’il n’y a pas de packaging. Par exemple, 100 gr de lentilles vertes se vendent à HK$6 (0,62€) tandis que la même quantité de pruneaux secs se vend HK$15 (1,55€) et la noix cajou à HK$26 (2,68€).

Même si le magasin fournit les containers, les clients sont encouragés à emmener leurs propres tup, bocaux et autre sacs à remplir. Live Zero va également mettre en place un système de recyclage où les pots et bocaux usés et nettoyés pourront être donnés aux autres clients. Tamsin espère également commencer un système de compost dans la cour intérieure.

pesee zero dechet

Tamsin a passé les derniers mois à faire ses recherches sur les produits en s’assurant que chacun d’entre eux passe un test méticuleux sur sa provenance et sa compostabilité. Il y a certains produits qui sont passés entre les mailles du filet, confesse Tamsin. Par exemple, les bouteilles “100% sans plastique” de la marque Pura ont été envoyées emballées dans des sacs en plastique. Dans le même temps, les ustensiles colorés de l’entreprise américaine Re-Play lui ont ouvert les yeux.

Ils sont faits à partir du bouteilles de lait en plastique recyclées, mais elle s’est récemment rendue compte que pour faire du plastique recyclé, il fallait ajouter du plastique à celui qui existe déjà. Elle ne pouvait pas le croire ! Elle pointe ensuite du doigt un gobelet à café coloré de la marque Ecoffee. Ils sont fait en fibre de bambou. Elle était inquiète de les avoir au départ parce qu’ils sont très fragiles mais certaines personnes veulent du 100% sans plastique.

vrac zero dechet 2

Diplômée d’architecture, Tamsin a commencé par travailler en tant qu’architecte d’intérieur pour la marque haut de gamme hong-kongaise Xava Interiors. Elle a ensuite été embauchée par Olive Forrest, une entreprise qui cherche, trouve et revend du mobilier antique chinois; puis elle a été vendeuse pour iDecorate. A 22 ans, elle a ouvert Thorn and Burrow, qui vend des objets de décoration au style Turque et Marocain.

Pour s’essayer à la tâche, elle a d’adord ouvert un Live Zero en centre ville our vendre des couverts réutilisables, des brosses-à-dent en bambou et de l’encre eco-friendly. Elle animait également des ateliers d’upcycling de mobilier tout en bâtissant un public sur Instagram.

Encouragée par l’intérêt porté à cette nouvelle aventure et pressée de commencer à vendre de la nourriture en vrac, Tamsin a trouvé son local là où un ancien magasin bio “Just Green” était implanté. Mais, même si elle avait de l’expérience, elle n’avait jamais travaillé avec de la nourriture avant. Pour apprendre à vendre des périssables en vrac, elle a cherché conseil auprès de Catherine Conway, fondatrice de la boutique zéro déchet à Londres Unpackaged.

Cela a mis beaucoup de choses en perspective, confie Tamsin. Elle s’est rendue compte que nettoyer les containers en plastique de manière régulière est nécessaire même si très chronophage. Elle a également appris que la nourriture conservée de cette manière devait être vendue dans la semaine ou jetée.

vrac zero dechet 3

Les consommateurs habitués à choisir entre 8 céréales de petit déjeuner différentes ou 6 sortes de pâtes pourraient être surpris. Ici, il n’y aura qu’un seule choix. Ces jours-ci, quand vous achetez des produits de nettoyage vous en achetez un pour les toilettes, un autre pour la cuisine, un pour le verre, un autre pour le sol… quand en réalité un seul suffit. Ce sera pareil pour toi : une sorte de sel, une sorte de poivre, une sorte d’huile.

Tamsin doit faire des sacrifices pour la transition vers le mode de vie zéro déchet, en évitant es encas dans des sachets en plastique et en achetant moins de vêtements et de produits de beauté. Elle porte rarement du maquillage mais en a tellement. On est fait pour sentir que l’on en a besoin. Le zéro déchet c’est aussi se limiter à ce dont on a besoin. Maintenant, elle achète des vêtements d’occasion issus du commerce équitable ou alors elle se limite. Elle dépense beaucoup moins maintenant.

Le shopping zéro déchet sera plus facile à vendre aux familles d’expatriés Occidentaux qui ont déjà l’habitude de recycler plutôt qu’aux Chinois, notamment ceux qui se souviennent encore du virus Sars qui s’est propagé dans toute la ville en 2003. Pour beaucoup l’hygiène est une obsession et le mode d’achat “servez-vous” risque de refroidir ceux qui sentaient que le packaging en plastique offrait une certaine sécurité.

live zero dechet facade

Gagner du terrain face à la communauté locale peut prendre du temps mais quand on se penche sur l’avenir du plastique à Hong-Kong, on peut être optimiste. Cela va s’améliorer, affirme Tamsin. C’est déjà le cas, notamment ces dernières années durant lesquelles il y a eu beaucoup d’avancement et de nouveaux avocats pour le zéro déchet.

Même si Tamsin s’attend à quelques problèmes de début et à des difficultés pour gérer les déchets, elle est confiante que ces containers se viderons plus vite qu’elle ne pourra les remplir. Le magasin attire déjà les regards des curieux qui attendent de voir quand est-ce que le magasin va ouvrir , certains se proposant même pour travailler gratuitement. Tamsin a évidemment besoin de gagner de l’argent mais elle affirme que pour Live Zero, elle le fait parce que c’est bon pour la planète. On se sent bien quand on dit non aux sachets plastiques.

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